Seydina Basse, alias ONE HAND. Symbole de force et d'espoir...

Seydina Basse, alias ONE HAND. Symbole de force et d’espoir…

Basket Ball Dans La Peau : Raconte nous ta rencontre avec le basket ball…


Seydina Basse ONE HAND : Je m’appelle Seydina Basse, je suis basketteur ici au Sénégal.
J’ai commencé à jouer au basket à l’âge de 12 ans.
Ma mère était basketteuse, c’est elle qui nous a transmis cette passion, à mes frères et soeurs et à moi.
Quand j’étais petit je n’avais pas l’occasion de jouer dans un club parce que tu vois ici au Sénégal quand tu es handicapé, parfois on te considère même pas.
Quand tu pars pour jouer dans un club on te dit “non, les handicapés ne peuvent pas jouer dans un club.”
C’est pour cela que quand j’étais petit j’ai beaucoup traîné sur les terrains de basket, j’allais tout le temps jouer sur les playgrounds.
Mais vers l’âge de 20,22 ans, un club m’a vu et m’a proposé de faire une licence pour jouer dans un club qui s’appelle C.B.C à Rufisque.
Je leur ai dit que tout le monde me dit que je ne peux pas jouer dans un club parce que je suis handicapé.
Le coach m’a dit “oui mais je vais faire tout mon possible pour que tu joues ici.”
Il a fait les démarches, puis un jour il m’a appelé et il a dit ” bon, maintenant tu peux jouer !”
Je lui ai dit ” Quoi ?”.
Il m’a répondu “tu peux jouer dans mon équipe ! Je vais te faire une licence pour que tu puisses faire le championnat du Sénégal !”
Ce jour-là ça m’a fait plaisir, j’ai joué pendant 9 mois durant ce championnat !
C’était mon rêve …
Et mon rêve s’est réalisé.
Puis en 2020, une équipe qui s’appelle DEBOLOC m’a vu joué, le club m’a appelé pour que je vienne jouer las bas.
J’ai donc signé las bas pour la saison prochaine.

Basket Ball Dans La Peau : C’est ta Maman qui t’a transmis cette passion…
As-tu eu l’occasion de l’accompagner lors d’entraînements ou matchs, raconte-nous son histoire.


Seydina Basse ONE HAND : Non je n’ai jamais eu l’occasion d’accompagner ma mère, ni moi ni mes frères et soeurs. Ma mère jouait dans un Club qui s’appelait DIARRAF ici à Dakar.
Elle y a joué de junior à senior.
Mais elle a fini sa carrière par rapport à mon père.
Tu sais ici dans la culture on dit que la femme doit rester chez son mari.
Tu sors pas, tu fais pas de basket, tu travailles pas.
C’était comme ça dans les années 60…
Donc non je n’ai jamais eu l’occasion de l’accompagné, et elle n’a jamais eu l’occasion elle même d’aller plus loin.
Mais c’est grâce à elle que mes frères, mes soeurs et moi-même avons découvert le basket ball .

Basket Ball Dans La Peau : Le basket est-il ta seule passion ?
Pratiquais-tu un autre sport avant ?


Seydina Basse ONE HAND : Quand j’avais 11 ans je regardais SADIO MANE à la télé, je voulais devenir footballeur !
Mais aujourd’hui ma seule et unique passion c’est le basket ball !
Je passe tout mon temps sur les playgrounds !

Basket Ball Dans La Peau : Que signifie pour toi ONE HAND ?


Seydina Basse ONE HAND : Tu vois ici en Afrique, si tu ne veux pas qu’on te dise toujours quelque chose, il faut en faire ta force.
Quand j’étais petit à l’école ou ailleurs les gens me disaient en wolof “Hey BENNO LOKHO” !
“Hey une seule main” !
J’ai fait un accident de voiture vers l’âge de 6,7 ans, j’ai eu des problèmes de nerfs, c’est pour ça que j’ai perdu ma main.
On m’appellait pas Seydina Basse, on m’appelait seulement ” Hey, une seule main “!
Là tu te fâches,et tu pleures…c’était dur…
C’était vraiment vraiment dur.
Vers l’âge de 12, 13 ans, un gars m’a appelé “ONE HAND” !
J’ai dit “quoi” ?
Il m’a dit “ONE HAND” !
Je lui ai dit “Pourquoi tu m’appelles ONE HAND ? Et puis c’est quoi ça ONE HAND ?
Il m’a répondu “ONE HAND en anglais ça veut dire un seul bras !”
J’ai dit ok. Quand j’étais petit on m’appelait une seule main, aujourd’hui j’ai grandi vous continuez à m’appeler une seule main, ok d’accord, je vais l’accepter.
Et je vais faire comme si c’était quelque chose que je dois porter chaque jour, ONE HAND.
C’est pour cela que par la suite, quand on m’appelait “Un seul bras !”, je répondais “oui “!
“Comment tu vas, ça va ?” je répondais “oui” !
Et c’est là que les gens ont commencé à penser ” ah ce gars, il est blindé de ce nom là.
Donc on doit peut-être aller au terrain !”
Alors on allait sur le terrain,et je leur offrais toujours des défaites.
En playground, toujours je gagnais !
Alors parfois on me disait : “toi tu n’es pas une personne normale.”
C’est pour cela que maintenant je m’appelle ONE HAND.
C’est ma force.
Et aujourd’hui j’aime bien qu’on m’appelle ONE HAND, ça me donne du courage ….

Basket Ball dans La Peau : Combien mesures-tu ?
Quel est ton poste de jeu ?


Seydina Basse ONE HAND : Je mesure 2M10, et je joue poste 4 et 5 !

Basket Ball Dans La Peau : Est-ce que pour toi la taille d’un joueur a de l’importance ?


Seydina Basse ONE HAND : Pour moi non.
Pour moi la taille ne compte pas.
Cela sert pour prendre des rebonds.
Tu peux faire 2M, 2M10, 2M15 et tu sais même pas dribbler, ou faire des débordements et tirer.
Parfois tu vois des joueurs de 1M70 jouer mieux au basket que des joueurs de 2M !
Des fois tu vois des joueurs grands qui savent pas tirer, et tu vois des joueurs de petite taille prendre des rebonds.
Non pour moi ça compte pas.
Pour moi ça veut rien dire.
Pour moi l’important c’est de savoir jouer au basket, de connaître le basket.

Basket Ball Dans La Peau : Si tu étais un personnage de BD ,de dessin animé …
Seydina Basse ONE HAND : Je ne regarde pas beaucoup les dessins animés.

Basket Ball Dans La Peau : Quel serait pour toi le plus beau métier du monde ?


Seydina Basse ONE HAND : Joueur de basket professionnel !

Basket Ball Dans La Peau : Quel est le mot qui te qualifie le plus ?


Seydina Basse ONE HAND : Sur le terrain je suis concentré, je ne parle pas beaucoup.
Mais hors du terrain je rigole beaucoup avec les gens.

Basket Ball Dans La Peau : Quel est ton joueur préféré ?


Seydina Basse ONE HAND: ONE HAND !
Parce que je ne vois pas quelqu’un comme moi…

Basket Ball Dans La Peau :Ton équipe préférée !


Seydina Basse ONE HAND : C.B.C !
Cette équipe m’a donné mon premier rêve !

Basket Ball Dans La Peau : Quel serait pour toi le cri idéal pour commencer un match de basket ?


Seydina Basse ONE HAND: Ca dépend !
Je dirai …le cri avec mes fans !

Basket Ball Dans La Peau : Tes meilleurs années basket, l’époque qui t’a marqué le plus !


Seydina Basse ONE HAND : C’était en 2019.
C’était ma première saison en championnat.
On s’est qualifié pour un tournoi.
Les médias étaient présents.
On a même parlé de moi dans un journal local ” Seydina Basse, au-delà des préjugés “. Il y avait beaucoup de monde.

Basket Ball Dans La Peau : Quels sont pour toi les qualités d’un bon Coach ?


Seydina Basse ONE HAND : Pour moi, c’est savoir tolérer les joueurs.
Il faut donner sa chance à tout le monde, vraiment à tout le monde !
Donner confiance à tous tes joueurs.
Des fois les coachs n’accordent aucune confiance à certains joueurs et les prive d’une chance.
Savoir communiquer avec les joueurs.
Communication, respect, confiance…
Etre capable d’être tactique avec des systèmes ou autre quand le moment s’impose, être présent.

Basket Ball Dans La Peau – Dédicace à un joueur …qui a marqué ou changé ta vie dans ton parcours de basketteur ? Ou une personne à qui tu aimerai simplement adresser une dédicace en souvenir du bon vieux temps.


Seydina Basse ONE HAND : Je remercie beaucoup ma mère, elle m’a beaucoup soutenu.
Depuis que je suis petit, elle m’encourage beaucoup, elle me donnait du courage et me disait qu’un jour ça ira.
Je remercie aussi tous mes frères & soeurs.
Je remercie aussi mon Coach Papa N’diaye.
Parce que ce coach m’a accordé beaucoup de confiance sur le terrain, parfois il me disait ” Boy, c’est toi qui va gagner le match !”
Je salue au passage tous mes fans !
Je les remercie car ils sont toujours présents pour moi.
Je remercie aussi mon ami Pap Mor.
On joue ensemble sur le terrain.

Basket Ball Dans La Peau : Un message à transmettre ou une citation préférée…


Seydina Basse ONE HAND : Il ne faut jamais baisser les bras.
Dans la vie, il faut toujours croire en soi, qu’un jour meilleur viendra, que ça va aller.
C’est vrai je suis un handicapé, mais je suis un homme courageux, je ne me décourage jamais.
Je ne dis jamais “non, ça va pas aller, je dis toujours oui ça va aller !
Je prends l’exemple sur moi.
Je n’ai rien ici.
Donc si je dois avoir des moyens je dois bosser moi-même, il faut que je bosse dur.
Des fois les gens se disent ” ce gars-là, est ce qu’il va réussir un jour…?”
Mais j’ai un rêve …et j’irai jusqu’au bout de mes rêves…

Dans la vie il faut rêver, il faut beaucoup rêver.
C’est bon de rêver, et de se dire qu’un jour viendra où tes rêves se réaliseront.